Anthony Caldas, étudiant en thèse

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Anthony Caldas, 30 ans (aïe), aux passions multiples, à la fibre scientifique mais aussi littéraire et artistique. Je suis très curieux de nature et je pratique des activités diverses, comme j’aime m’intéresser à des thèmes très différents … cela se ressent en partie sur mon parcours. Je viens de Nancy et habite sur Bordeaux depuis maintenant 6 ans et demi, je jongle régulièrement entre la « capitale » de l’art nouveau et la « belle endormie » … qui ne l’est plus vraiment. Je suis quelqu’un d’assez réservé dans mon milieu professionnel et plutôt « explosif » dans ma vie personnelle. Bien que saisissant, c’est un contraste qui peut se dissiper lorsqu’on me connaît un peu plus.

Quelle est votre fonction ici au LAB et depuis quand ?

J’ai intégré l’équipe ECLIPSE début Octobre 2015 en tant que doctorant, sous la direction de Pascal Bordé, Franck Selsis et Jérémy Leconte. C’est en effet bientôt la fin de cette aventure au sein du LAB puisque ma troisième année est déjà bien entamée.

Sur quoi travaillez-vous ?

L’intitulé de ma thèse a changé à plusieurs reprises au cours de ces deux dernières années, ce que je peux dire, c’est que je travaille sur les atmosphères d’exoplanète. La fin de l’année et probablement les décennies à venir, vont voir naître une nouvelle génération d’instrument qui permettra d’aborder l’étude des exoplanètes sous un angle spectroscopique et ainsi révolutionner le domaine d’étude. Si en de très rares occasions des atmosphères ont déjà pu être sondées, la faible résolution et précision des mesures réalisées n’en ont permis la contrainte que de manière limitée. En l’absence d’observations, la communauté a fournit ces deux dernières décennies un travail théorique de modélisation de ces atmosphères très dense dans le but de nous préparer aux observations futures. Comme souvent, les théoriciens génèrent des outils subtils, à la géométrie et à la physique complexes et très développées, tandis que les observateurs raffinent la précision de leurs mesures et la performance des méthodes et modèles qui leur permettront d’en extraire des informations. Je fais parti de ceux qui tentent de se placer à l’interface entre ces deux corps du métier. Pour être plus précis, mon travail de thèse s’articule entre deux des maillons essentiels de ce domaine d’étude : le simulateur atmosphérique Global Circulation Model (GCM) développé par le Laboratoire de Météorologie Dynamique (LMD), rendu générique et capable de simuler une grande variété d’atmosphères, et TauREx développé à l’University College London (UCL), un algorithme de traitement du signal qui sera utilisé sur les données du JWST. La philosophie de l’un pousse au réalisme de ses atmosphères, très couteux en temps de calcul et incompatible en l’état avec celle de l’autre qui compte sur une génération en masse de ses modèles atmosphériques. Ainsi le GCM produit en quelques jours des atmosphères en 3 dimensions (le climat complet en somme de l’exoplanète, avec des régions chaudes, d’autres froides, tempérées …) tandis que TauREx comparera les observations à des modèles à 1 dimension, très rapides et faciles à générer (moins d’une seconde), mais construis à partir d’un profil vertical unique (c’est comme si on prenait la colonne d’atmosphère de Bordeaux et qu’on la généralisait à toute la Terre). Le premier souligne pourtant des biais que le second admet négliger, sans pour autant être irrévocablement soutenu par de sérieuses études. C’est là que mon travail prend tout son sens. J’ai développé un algorithme permettant de simuler des observables à partir des modèles atmosphériques générés par le GCM, tenant compte de la complexité que peut représenter un climat. A partir de ses simulations que je traite comme des observations, je mets en évidence les limites des philosophies de chacun. Ni modélisateur ni observateur, ma seule prétention ici est de pointer du doigt les aspects sur lesquels la communauté devra s’accorder et réserver une attention toute particulière dans les années à venir.

Quel a été votre parcours jusque là ?

Après un BAC S à Toul (en Lorraine), j’ai suivi un parcours d’abord plutôt classique, une licence en Science de la Matière (SM), puis un master en Physique des Plasmas et Photonique (PPP). J’avais dans l’idée de me rapprocher du projet ITER (fusion par confinement magnétique) à Cadarache et de débuter une thèse … mais les circonstances ont fait que j’ai préféré passer les concours de l’enseignement. J’ai pour cela suivi une année de préparation à l’agrégation et une fois les concours passés, j’ai enseigné 3 ans dans la région Aquitaine en tant que professeur de Physique Chimie. Et puis j’ai été rattrapé par mes premiers amours. J’ai fait une demande de disponibilité pour suivre et obtenir le master de Physique ici-même et débuter ma thèse au Laboratoire d’Astrophysique de Bordeaux.

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire une thèse en astrophysique ?

Mon instituteur au CM1 ? Un exposé d’une cinquantaine de page sur le système solaire qui m’avait occupé deux bons mois à l’époque … et pour lequel je n’avais pas eu de note d’ailleurs ! C’est un domaine qui m’a toujours fasciné, les étoiles, le vide, l’exobiologie, d’autres mondes … et si j’ai rangé mes nébuleuses dans un tiroir, c’est parce qu’on m’a ramené sur Terre au Lycée en me disant que le milieu était très sélectif … avec très peu de débouchées. Les années ont passé mais j’ai toujours eu un peu la tête dans les étoiles, et puis c’est à une conférence sur le système de Kepler-186 donnée par Emeline Bolmont, qui était une ancienne camarade du lycée, que mon désir d’au moins essayer a pris le dessus. J’étais prêt et je ne le regrette évidemment pas. Réaliser un de ses rêves n’est pas donné à tout le monde. Une poussière dans un système en formation, mais une poussière quand même !

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