Françoise Billebaud, Astrophysicienne

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Françoise Billebaud, 52 ans, maman comblée de deux adorables filles de 11 et 5 ans bientôt. Je suis passionnée par l’exploration spatiale du Système solaire, spécialisée dans l’observation/modélisation des atmosphères planétaires dont j’essaie de comprendre la composition en lien avec leur formation, leur évolution et en particulier leurs interactions avec l’intérieur et l’extérieur.

 

Quelle est votre fonction ici au LAB et depuis quand ?

Je suis chercheur du CNAP (Corps National des Astronomes et Physiciens) donc à ce titre je partage mon temps entre recherche, tâches de service et enseignement/diffusion des connaissances, en poste à Bordeaux depuis 1996.

 

Sur quoi travaillez-vous ?

Actuellement je travaille sur des données du satellite Herschel (observations des planètes géantes) et à la préparation des observations de l’intrument SWI (sondeur sub-millimétrique) qui fera partie du payload de la mission JUICE de l’ESA d’exploration du Système de Jupiter.

 

Quel a été votre parcours ?

Après un bac D (je me destinais à l’origine aux sciences de la Terre), je suis partie en fac de sciences où j’ai finalement fait une maîtrise de physique, puis le DEA d’Astrophysique de Paris 7, où j’ai enfin rencontré André Brahic (je le connaissais via ses interventions dans les médias et il faisait largement partie de mes motivations pour faire ce DEA), puis j’ai fait une thèse qui était à l’origine sur les nuages moléculaires ( !!) mais finalement je ne pouvais pas me tenir éloignée des planètes plus longtemps et un peu en prenant tout-le-monde à contrepied, et aussi parce que j’ai eu la chance de rencontrer des gens vraiment ouverts (ils se reconnaîtront si d’aventure ils lisent ce texte), j’ai changé de sujet en cours de route pour revenir aux planètes (très mauvais exemple pour les thésitifs !).

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir astrophysicienne ?

Comme je le disais, je me destinais aux sciences de la Terre. Enfant, mes héros s’appelaient Haroun Tazieff ou Paul-Emile Victor et rien ne me passionnait plus que l’exploration de tous ces sujets inconnus que sont les volcans, les pôles, les régions inaccessibles mais géologiquement fascinantes ! Bon j’aurais aussi voulu être pilote de chasse ou garde de parc national, mais on ne peut pas tout faire… Puis voilà que Carl Sagan (une autre de mes idoles) a la bonne idée de créer la formidable série « Cosmos » qui passait au début des années 80 et que je suivais avec avidité. Du coup, des sciences de la Terre je me suis dirigée vers la physique, qui me semblait le passage obligé vers l’Astrophysique… Pour finalement conjuguer deux de mes passions en travaillant sur les planètes !

 

Quel est le résultat scientifique dont vous êtes le plus fière ?

Aucun plus que les autres… J’aime juste avoir le sentiment que j’ai fait et bien fait mon travail et apporté ma modeste pierre à l’édifice. Si je devais en retenir un, ce serait celui sur la mesure des rémanences de température dans l’atmosphère de Jupiter après les impacts de Shoemaker-Levy 9, mais c’est surtout parce que le contexte est vraiment original. C’était une opportunité rare de voir un phénomène assez incroyable !

Fit de la raie rotationnelle R(1) de HD à 56 microns, observée dans l’atmosphère de Neptune par l’instrument PACS du satellite
Herschel (la raie se trouve vers 56.23 microns, à noter que la raie adjacente de l’eau, vers 56.32 microns, n’est pas fittée). Le spectre observé
est en pointillés et le modèle en trait plein. Le meilleur fit est pour une valeur de D/H de 4.1 +- 0.4 x 10-5.
Ces travaux ont pour but de contraindre les valeurs du rapport D/H dans les atmosphères des planètes géantes afin de
les comparer aux valeurs protosolaires supposées et ainsi mieux comprendre leurs processus de formation.