Géraldine Bourda, astrophysicienne

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Géraldine Bourda, astronome, 38 ans (bientôt 39, j’avoue), maman de 2 magnifiques enfants : Raphaël (3 ans et demi) et Juliette (1 an). Ah oui, je suis mariée, aussi. Je pourrais ajouter que je suis originaire de la Vallée d’Ossau, lieu qui reste cher à mon cœur.

Quelle est votre fonction ici au LAB et depuis quand ?

Je suis astronome depuis 7 ans (déjà !). En fait, le terme officiel est astronome-adjoint, puisque pour passer astronome (équivalent à directeur de recherche au CNRS), je devrais passer à nouveau un concours. Pour faire « court », j’ai l’habitude de dire qu’un astronome est un chercheur en astronomie-astrophysique.

Sur quoi travaillez-vous ?

En tant qu’astronome, j’effectue ma recherche dans le domaine des systèmes de référence (plus particulièrement dans le domaine du repère céleste extragalactique) : je suis plutôt tournée vers l’observation, je fais de la programmation et analyse les données des radiotélescopes répartis tout autour du globe pour observer les quasars, ces balises de l’Univers.

Actuellement, dans le cadre d’un groupe de travail de l’Union Astronomique Internationale (UAI), je participe à la détermination de l’ICRF3 (International Celestial Reference Frame), le futur repère céleste extragalactique en VLBI (Very Long Baseline Interferometry ; Interférométrie à Très Longue Base ; technique d’observation dans le domaine des ondes radio).

Quel a été votre parcours ?

J’ai tout d’abord étudié les mathématiques à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA) durant 4 années. Je me destinais en effet au métier de professeur en mathématiques, matière que j’affectionnais tout particulièrement. Je ne m’étais jamais questionnée en profondeur sur mon cursus ni sur les débouchés alternatifs de ces études, puisque j’avais ce projet en tête depuis longtemps.

J’ai donc obtenu mon Deug (i.e. niveau L2) en MIAS (Mathématiques, Informatique et Applications aux Sciences). En Licence (i.e. niveau L3), l’offre de formation à l’UPPA nous permettait de commencer à nous familiariser avec l’analyse numérique et le calcul scientifique. A priori, ces matières ne m’attiraient pas forcément, mais je me suis rendue compte à l’usage que cela me plaisait d’être « confrontée à la réalité » et j’ai pu entrevoir le potentiel de la programmation informatique pour les sciences. Naturellement, je me suis donc dirigée vers une Maîtrise (i.e. niveau M1) en Analyse Numérique et Calcul Scientifique. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à me questionner plus avant quant au choix de devenir professeur de mathématiques dans le secondaire.

En effet, j’adorais faire des études et je ne souhaitais pas entrer dans la vie professionnelle tout de suite. De plus, j’aimais beaucoup l’idée de transmettre un savoir, mais je me voyais mal toute la journée dans une salle de classe. A la fin de cette Maîtrise, ayant un fort intérêt pour l’astronomie et le désir d’appliquer à la réalité physique de ce qui nous entoure mes connaissances mathématiques, je me suis mise en quête d’une formation niveau DEA (i.e. niveau M2) dans ce domaine. Le seul acceptant des étudiants en mathématiques (donc avec un « background » en physique plutôt léger) était le DEA de l’Observatoire de Paris (en dynamique des systèmes gravitationnels). Après acceptation de mon dossier et entretien réussi avec succès, j’ai donc intégré cette formation. Ma nouvelle vie commençait en Septembre 2000.

J’ai bien sûr dû faire preuve de ténacité, de volonté et d’humilité, mais à force de persévérance, après 3 années de thèse de doctorat à l’Observatoire de Paris et plusieurs contrats post-doctoraux à Vienne (Autriche) et à Bordeaux (France), j’ai réussi le concours d’astronome du Ministère de l’Education Nationale et de la Recherche et suis devenue chercheur en astronomie-astrophysique à l’Observatoire de Bordeaux (i.e. Laboratoire d’Astrophysique de Bordeaux).

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir astrophysicienne ?

Je ne me qualifie pas comme une astrophysicienne, mais comme une astronome. Et ce n’est pas une passion qui m’étreint depuis mon plus jeune âge. C’est plutôt une attirance qui est naît à l’Université, après 3 ans passés à faire des Mathématiques pour les Mathématiques, en lisant les romans d’Hubert Reeves et Stephen Hawking. Je me suis dit : pourquoi pas moi ? Et j’ai tenté ma chance. J’ai alors commencé à pressentir que le métier de chercheur était fait pour moi.

Quel est le résultat scientifique dont vous êtes la plus fière ?

Lorsque j’aurai éradiqué la faim et les guerres dans le Monde …

« Blague à part » (quoi que) : la fierté ? Je suis très fière de mes enfants. Ce n’est par contre pas un sentiment que j’ai l’habitude d’employer à mon égard …

Ce que j’ai envie d’approfondir, c’est pourquoi j’ai choisi de faire astronome spécifiquement et en quoi ça consiste concrètement au jour le jour. J’aime faire partie d’un tout, j’aime avoir l’impression d’être utile (à mon humble niveau) et j’aime la diversité des tâches que j’effectue.

  1. Je fais de la recherche, bien sûr. Dans ce cadre-là, je me vois comme un élément d’un ensemble plus grand, comme une brique d’un puzzle : j’ai le sentiment et la volonté, par mon travail, de participer humblement à l’évolution de la science. En effet, en science, en astronomie et dans mon domaine d’activité, les systèmes de référence, en particulier, seul on ne fait pas grand-chose.
  2. En tant qu’astronome, je suis également impliquée dans des tâches de service. C’est une spécificité de notre corps et j’y suis attachée. Historiquement, c’était lié aux observations astronomiques, mais à l’heure actuelle, ça peut prendre diverses formes. Pour ma part, je suis impliquée au LAB et à l’OASU dans le centre d’analyse IVS (International VLBI Service for geodesy and astrometry). Des observations dans le domaine radio de quasars, objets très brillants, lointains et considérés comme fixes dans l’Univers, sont effectuées par des radiotélescopes situés sur des continents différents. L’objectif est de mesurer la rotation de la Terre, les positions de stations terrestres, ainsi que les positions de quasars dans l’espace, afin de maintenir les repères célestes et terrestres qui sont indispensables dans nos domaines d’activité. Par ailleurs, je suis aussi impliquée dans la mission Gaia de l’agence spatiale européenne, pour ce qui concerne l’astrométrie des quasars et plus particulièrement le repère céleste.
  3. Enfin, non des moindres (car très enrichissant), je fais de l’enseignement. Enseignement universitaire, vulgarisation et animation scientifique auprès du grand public, et ce que j’affectionne tout particulièrement, c’est d’intervenir auprès des publics scolaires, par exemple au niveau école élémentaire : c’est « rafraîchissant ».

Antenne VLBI