Javier Olivares Romero, chercheur post-doctorant

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Bonjour, je m’appelle Javier. Je suis astrophysicien mexicain et je travaille à l’analyse statistique de groupes d’étoiles dans le voisinage solaire, c’est-à-dire à moins de 500 parsecs environ (pour se donner une idée, Proxima Centauri, l’étoile la plus proche, se situe à 1,3 parsec du Soleil).

Quelle est votre fonction au LAB et depuis quand ?
Je travaille comme chercheur post-doctorant au LAB depuis avril 2017 et je participe également à l’encadrement de jeunes stagiaires et doctorants.

Quel a été votre parcours ?
J’ai grandi dans une petite ferme dans les hauts plateaux du centre du Mexique. Puis, je suis parti dans des villages et des villes de plus en plus peuplés pour poursuivre mes études. J’ai ainsi été diplômé d’un baccalauréat en physique et d’une maîtrise en astrophysique de l’Université nationale autonome du Mexique, à Mexico. Ensuite, j’ai rejoint l’Europe pour mon doctorat sous la cotutelle de l’université nationale d’enseignement à distance d’Espagne et de l’université de Grenoble Alpes. Actuellement, je suis engagé dans mon premier contrat post-doctoral à Bordeaux.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir astrophysicien ?
L’avantage de grandir dans une ferme au milieu de nulle part est que les nuits étoilées y sont spectaculaires, surtout en hiver. Ces cieux ont marqué mon chemin !

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre sujet de recherche ?
En bref, je vois mon travail comme celui d’un artisan. Par exemple, imaginez que vous ayez besoin d’une table, mais que les tables des magasins ne répondent pas à vos besoins. Que faites-vous ? Vous allez voir un menuisier et lui demandez de fabriquer une table avec les dimensions que vous souhaitez. Ici, le besoin est celui de répondre à des questions fondamentales et pour cela, on conçoit des outils d’analyse de données adaptés.

Plan du ciel en coordonnées galactiques centré sur l’amas d’étoiles ouvert le plus proche (300 parsecs), Ruprecht 147 (aussi appelé NGC 6774), et le plus ancien (2,5 millard d’années) du voisinnage solaire. Les cercles blancs représentent les membres de l’amas identifiés dans la littérature la plus récente. Les étoiles rouges correspondent aux membres trouvés grâce à nos nouvelles techniques statistiques permettant d’identifier notamment les plus éloignés du centre de l’amas.

Lorsque nous étudions des groupes d’étoiles, tels que les jeunes associations (qui contiennent des dizaines ou centaines d’étoiles, liées ou non entre elles par les forces gravitationnelles) et les amas ouverts ( qui contiennent des centaines ou des milliers d’étoiles liées gravitationnellement), nous nous posons des questions telles que : « Parmi ces étoiles observées, lesquelles appartiennent vraisemblablement à tel groupe ? » ou « Quelles sont les propriétés caractéristiques du groupe : position, vitesse, luminosité, masse, distance, etc. ? ».  Je consacre alors la majeure partie de mon temps à participer au développement d’outils statistiques adéquats nous permettant de répondre à ces questions. Le reste de mon temps est divisé entre la rédaction des réponses trouvées (par exemple, pour la publication d’articles dans des journaux scientifiques) et les tentatives pour acquérir de nouvelles données par de nouvelles observations. Dans mon équipe de travail, je participe ainsi à l’élaboration de propositions dans ce sens, soumises à des centres d’observation astronomiques, et au moins une fois par an, ces observations ont lieu, soit en France, soit en Espagne, ou encore au Chili. Enfin, la part de mon travail que j’aime le plus est de discuter avec mes collègues sur ces questions fondamentales. Ensemble, on imagine les façons d’améliorer les réponses à ces questions ou les méthodes pour les trouver, et cela entraîne presque toujours de nouvelles questions et de nouveaux défis à relever.

Quel est le résultat scientifique dont vous êtes le plus fier ?
Plus qu’un travail particulier, j’aime prendre en compte le plus grand nombre d’éléments des données utilisées et du phénomène étudié. Bref, j’aime considérer de plus en plus de détails dans mes projets de recherche, même si cela constitue des défis toujours plus grands. Par exemple, lorsque nous essayons de répondre à la question « Quelles étoiles appartiennent à l’amas ? », nous devons explorer la possibilité que des dizaines de millions d’étoiles qui se trouvent à proximité puissent être membres. Cela implique nécessairement une puissance de calcul très grande, un problème technique que nous essayons de résoudre avec l’utilisation de cartes de jeu vidéo (GPU). Ces dernières permettent de réaliser des millions d’opérations simples en peu de temps et ainsi pousser l’analyse statistique comme cela n’a encore jamais été fait.

Quelle suite envisagez-vous après votre contrat au LAB ?
Je ne sais pas encore. Peu m’importe où, je désire poursuivre mes recherches tout en maintenant une collaboration étroite avec les collègues du LAB.