Première détection du Fréon-40 dans l’espace avec ALMA et Rosetta

La molécule de chlorométhane (CH3Cl) a été découverte par une équipe de chercheurs internationale en direction de deux sources, une étoile de type solaire en formation et une comète. La première détection a été obtenue, à l’aide de l’interféromètre ALMA situé au Chili, autour de la proto-étoile de type solaire IRAS16293-2422 dans une zone où des planètes pourraient se former. Elle constitue la toute première détection d’un organohalogène (espèce contenant une liaison carbone-halogène, l’halogène correspondant à des atomes tels que le chlore ou le fluor) dans l’espace interstellaire. La seconde détection a été obtenue en direction de de la célèbre comète 67P/Churyumov-Gerasimenko avec l’instrument ROSINA à bord de la sonde Rosetta. 

 
Les organohalogènes sont communément trouvés sur Terre où ils sont principalement produits à partir de processus biologiques – au sein d’organismes allant de l’Homme aux champignons – ainsi que de processus industriels tels la production de colorants ou de médicaments. La molécule de CH3Cl avait notamment été proposée comme un possible marqueur de Vie, dans le cas où elle serait détectée dans des atmosphères d’exoplanètes rocheuses. La récente découverte de cette espèce dans des lieux antérieurs à l’origine de la Vie remet en cause ce scénario. D’autres biomarqueurs plus définitifs devraient, par conséquent, être utilisés pour conclure sur la présence de Vie sur d’autres planètes.
 
Plutôt que d’indiquer la présence d’une vie existante, les organohalogènes pourraient, par contre, constituer un élément de compréhension de la chimie impliquée dans l’origine de la vie. Les organohalogènes figurent probablement parmi les composants de la soupe dite “primordiale”, tant sur la Terre jeune que sur les exoplanètes rocheuses naissantes. Les abondances relatives de Fréon-40 qui contiennent différents isotopes de carbone dans le jeune système solaire et la comète montrent par ailleurs des valeurs similaires. Ce résultat renforce l’hypothèse selon laquelle un jeune système planétaire peut hériter de la composition chimique du cocon stellaire dont il est issu et suggère la possibilité que les organohalogènes puissent être acheminés sur les planètes pendant leur formation ou via des impacts cométaires.
 
Source : Edith C. Fayolle, Karin I. Öberg, Jes K. Jørgensen,  Kathrin Altwegg, Hannah Calcutt, Holger S. P. Müller, Martin Rubin, Matthijs H. D. van der Wiel, Per Bjerkeli, Tyler L. Bourke, Audrey Coutens, Ewine F. van Dishoeck, Maria N. Drozdovskaya, Robin T. Garrod, Niels F. W. Ligterink, Magnus V. Persson, Susanne F. Wampfler, and the ROSINA team, « Protostellar and Cometary Detections of Organohalogens », Nature Astronomy 1, 703–708 (2017)  
doi:10.1038/s41550-017-0237-7
 
 Communiqué de presse de l’INSU: http://www.insu.cnrs.fr/node/7402
 
Image : Crédit: B. Saxton (NRAO/AUI/NSF); NASA/JPL-Caltech/UCLA
 
Contact :
Audrey Coutens, Laboratoire d’Astrophysique de Bordeaux (auparavant University College London)