Stéphane Guilloteau, astrophysicien

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Chercheur, 60 ans, marié et père d’une adorable gamine de 9 ans.

Quelle est votre fonction ici au LAB et depuis quand ?

Je suis directeur de recherches au CNRS, membre de l’équipe Astrochimie Moléculaire et ORigines des systèmes planétaires, au LAB depuis 2003.

Sur quoi travaillez-vous ?

Mon activité principale est l’étude des disques proto-planétaires, pour tenter de comprendre dans quelles conditions se forment les planètes. Ma spécificité dans ce domaine est d’effectuer des observations aux limites des instruments disponibles. Mon deuxième domaine d’activité concerne le développement de logiciels d’analyse de données.

Quel a été votre parcours ?

J’ai eu un parcours à la fois classique et atypique. Entré à l’Ecole Normale Supérieure de Paris sur le concours Mathématique, j’ai choisi de faire de la physique. J’ai eu la chance d’être recruté très jeune au CNRS, grâce à la création d’un petit groupe d’astronomie à l’Université de Grenoble, en accompagnement de l’Institut de Radio Astronomie Millimétrique en 1980. Je me suis préparé à l’arrivée des télescopes de l’IRAM en observant avec les grands instruments de l’époque, 100-m d’Effelsberg et Very Large Array.

En 1987, j’ai accepté la responsabilité scientifique de l’interféromètre du Plateau de Bure, dont j’ai supervisé la mise en service et coordonné les opérations pendant 10 ans. Je suis ensuite resté 2 ans directeur adjoint de l’IRAM, avant de m’investir en tant que Project Scientist dans la conception de l’Atacama Large Millimetre/submm Array. Après 16 ans de conception et de gestion de grands instruments, quand la construction d’ALMA a été décidée en 2003, j’ai dû effectuer un véritable choix de carrière. J’ai alors décidé de revenir à des activités de recherches plus académiques et de rejoindre le LAB pour cela.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir astrophysicien ?

Le souvenir de ciels très purs sur les côtes Vendéennes les soirs d’été. J’ai toujours été intéressé par l’astronomie, avec une petite attirance aussi vers la physique théorique. Un sujet de thèse à la frontière entre physique atomique et astronomie m’a permis de me lancer !

Quel est le résultat scientifique dont vous êtes le plus fier ?

D’avoir donné un « petit coup de pouce » pour le début de deux domaines de recherches maintenant majeurs : les disques protoplanétaires et les galaxies à grand redshift. Mais, paradoxalement, ce n’est pas un résultat scientifique dont je suis le plus fier. C’est d’avoir initié la réalisation d’un ensemble de logiciels d’analyse de données (GILDAS) maintenant utilisé par de nombreux astronomes. Commencé en 1983 pour pallier un manque d’outils disponibles pour analyser des spectres, ce travail collectif continue de servir la communauté.

           

De l’absorption devant … RIEN !  Il n’y a pas de luminosité négative, pourtant dans cette image, un disque protoplanétaire est vu en silhouette (zone en bleu foncé et noir) devant un fond apparemment vide, car trop uniforme pour être vu par l’interféromètre ALMA. Les poussières très froides du disque absorbent en fait l’émission des molécules des nuages de gaz situées derrière. »