Sylvain Bontemps, chercheur au CNRS

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Sylvain Bontemps, 51 ans, directeur de recherche au CNRS, « expert en proto-étoile », chercheur avant tout (ou presque … !), curieux, sportif, rêveur, idéaliste et réaliste en même temps (pas sûr que ce soit possible, enfin j’aimerais que cela le soit …).

Quelle est votre fonction, ici au LAB, et depuis quand ?
Je suis arrivé au LAB en 1998, après mon recrutement au CNRS comme chargé de recherche. J’y ai rejoint l’équipe de radioastronomie, qui est devenue depuis l’équipe de formation stellaire. Je suis actuellement l’animateur et le coordinateur de cette équipe.

vue d'artiste d'une proto-étoile
vue d’artiste d’une proto-étoile

Sur quoi travaillez-vous ?
Je m’intéresse à toute la chaîne de processus physiques qui expliquent la formation des étoiles. Mes objets d’étude fétiches sont les « proto-étoiles », ces bébé-étoiles qui sont en phase de formation. Ces bébés-là grossissent en accrétant la matière interstellaire de leur enveloppe en effondrement. Tôt dans ma carrière, j’ai abordé l’origine et l’importance des éjections de matière des proto-étoiles. On s’est alors aperçu que pour qu’il y ait accrétion (pour faire grossir la bébé-étoile) il faut aussi qu’il y ait éjection d’une partie de la matière. J’ai ensuite fait évoluer mes recherches vers le problème spécifique de la formation des étoiles les plus massives. Il y a 20 ans, il n’y avait en effet pas de théorie valide pour comprendre comment on pouvait former une étoile 10 à 100 fois plus massive que le Soleil à partir des conditions physiques observées dans les nuages interstellaires proches. Grâce notamment au grand interféromètre ALMA (pour Atacama Large Millimeter/submillimeter Array, grand réseau d’antennes millimétrique/submillimétrique installé dans le désert d’Atacama au Chili, à environ 5 100 m d’altitude), nous sommes sur le point de résoudre cette énigme.

Quel a été votre parcours ?
Après une classe préparatoire à Strasbourg, j’ai rejoint l’ENS de Cachan et le magistère de physique de l’université d’Orsay jusqu’à un DEA (master 2) d’astrophysique ou j’ai eu la chance et le privilège de suivre notamment les cours de André Brahic et Jean-Pierre Chieze qui nous ont quittés ces dernières années et pour lesquels j’ai une pensée émue. Ce sont certainement les cours de « Milieu Interstellaire » de Jean-Pierre qui m’ont poussé à m’intéresser à ce domaine de recherche et plus particulièrement à la formation des étoiles. S’apercevoir que des étoiles comme le Soleil se forment continûment très près de nous et qu’il suffit de les observer pour comprendre nos origines a été déclencheur pour la suite de mon parcours. J’ai décidé de poursuivre en thèse en acceptant un projet proposé par Philippe André au CEA à Saclay sur les proto-étoiles de faible masse. Après me thèse, j’ai obtenu un financement de l’ESA (l’agence spatiale européenne)  pour poursuivre mes travaux à Stockholm pendant 3 ans en utilisant les données du satellite européen ISO (pour Infrared Space Observatory).

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir astrophysicien ?
Je pense que j’ai toujours été physicien dans l’âme. Je pensais plutôt me diriger vers l’enseignement en intégrant l’ENS de Cachan mais j’ai rencontré l’astrophysique et la recherche sur le chemin. Le tournant a été la découverte du travail de recherche lors de ma thèse. Chercher à comprendre des systèmes aussi complexes qu’une proto-étoile est devenu un besoin, une envie forte que le CNRS me permet de réaliser tous les jours. L’astrophysique et en particulier la formation des étoiles me sont apparues comme des domaines de recherche où il est encore possible de partir d’un problème non résolu et de le résoudre en quelques années.

Quel est le résultat scientifique dont vous êtes le plus fier ?
Je ne pense pas être vraiment beaucoup plus fier d’un résultat scientifique particulier. L’exercice même d’un résultat particulier est même difficile à faire en recherche. La recherche fondamentale est plutôt un processus continu de travail, de maturation lente et de compréhension progressive. Les éléments de compréhension se mettent en place doucement sur un grand puzzle qui n’est jamais vraiment terminé. Il faut souvent de nombreuses années pour vérifier que les directions prises étaient les bonnes (… ou pas !). Je suis tout de même assez fier d’avoir vu et compris assez tôt que l’origine de la masse des étoiles les plus massives est liée à la forte dynamique des nuages interstellaires.