Valentine Wakelam, chercheure au CNRS

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je suis maman de deux enfants (une fille de 4 ans et un garçon de 9 ans).  J’ai 41 ans et je suis originaire des Antilles françaises. Je suis passionnée de nature et d’activités manuelles (comme le tricot,  le crochet,  la couture, la peinture et le dessin).

Quelle est votre fonction au LAB et depuis quand ?
Je suis chercheure au CNRS au Laboratoire d’Astrophysique de Bordeaux depuis 2006. Directrice de recherche depuis 2017 et directrice adjointe du laboratoire depuis 2016.

Quel a été votre parcours ?
J’ai grandi en Martinique jusqu’au lycée. J’ai ensuite fait des études universitaires classiques en physique-chimie à l’université de Fouillole en Guadeloupe jusqu’en maîtrise (équivalent au M1). Je suis alors partie en métropole pour faire un DEA (équivalent au M2) d’astrophysique Bordeaux/Toulouse. Puis j’ai effectué une thèse en astrophysique à l’observatoire de Bordeaux de 2001 à 2004 et un postdoctorat de deux ans à l’Ohio State University (USA). J’ai été recrutée au CNRS en 2006 à Bordeaux.

Distributions d’abondance de molécules prédites par un modèle astro-chimique dans deux nuages interstellaires ayant deux histoires très différentes. Le nuage B (rouge) est beaucoup plus riche en molécules carbonées que le nuage A (bleu). Figure extraite de la thèse de Maxime Ruaud.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir astrophysicienne ?
J’ai toujours aimé les sciences naturelles. Enfant, je me suis passionnée pour la géologie, les minéraux et les fossiles. J’enregistrais à la télé (sur cassette VHS) des émissions scientifiques (il n’y en avait pas beaucoup à la télé martiniquaise). Je me souviens surtout d’une émission sur la naissance de l’univers que j’ai regardée un grand nombre de fois pour essayer de comprendre ! Lorsque j’ai eu 12 ans environ, mes parents m’ont acheté une lunette astronomique (un investissement pour eux à l’époque !) mais j’avais beaucoup de mal à l’utiliser. J’ai donc fait un stage d’astronomie amateur à l’observatoire d’Aniane (situé vers Montpellier) d’une semaine. J’ai eu des cours théoriques (j’ai toujours mes notes prises à l’époque) et j’ai appris à utiliser un télescope. La passion d’observer le ciel ne m’a pas quitté depuis. Ce n’est qu’après plusieurs années à l’université que j’ai envisagé d’en faire mon métier. Après avoir été au bout du cursus universitaire en Guadeloupe, il a fallu que je décide ce que j’allais faire ensuite, et la seule chose qui pouvait me motiver à quitter mes îles était la recherche en astrophysique.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre sujet de recherche ?
Je travaille sur la chimie interstellaire, à savoir comment les molécules se forment et évoluent lors de la formation des étoiles. Ma recherche comporte à la fois un aspect observationnel dans le domaine radio et un aspect de modélisation numérique. Je développe par exemple des modèles informatiques qui essaient de reproduire la chimie très particulière du milieu interstellaire à partir de données de laboratoire. Après avoir travaillé sur tout une variété d’objets astrophysiques (étoiles en formation, disques protoplanétaires, etc.), je me recentre aujourd’hui sur des objets plus primitifs que sont les nuages interstellaires à partir desquels se forment les étoiles et les planètes. Je redécouvre aussi le plaisir d’aller sur de grands télescopes pour observer ces objets et découvrir leur composition moléculaire.

Quel est le résultat scientifique dont vous êtes la plus fière ?
J’ai récemment bénéficié d’une bourse européenne qui m’a permis de travailler avec un groupe d’étudiants et de postdoctorants autour de l’impact de la dynamique de la matière interstellaire sur sa composition chimique. En résumé, nous avons montré que, avant de former une étoile ou un disque, la matière interstellaire va subir toute une diversité d’histoires en température et densité différentes, et que ces histoires vont produire une variété de compositions chimiques différentes. Il n’y a donc pas une composition initiale unique formant les étoiles mais plein de compositions initiales qui vont produire plein de systèmes planétaires différents. C’est pour moi l’aboutissement de 5 ans de recherche et une super expérience avec un groupe très dynamique.